J'essaie de garder un rythme correct, me lever, ne pas rester trop longtemps allongé, ouvrir les volets. Je le fais volontiers, ça, parce que je ne veux pas que tes plantes meurent. Elles me font penser à toi et je comprends enfin pourquoi tu les regardait sans cesse. J'ai gardé un semblant de rythme mais j'ai perdu toute ma motivation, tu n'es plus là, je ne peux profiter de rien et je ne veux pas faire que des choses fades et répétitives. Je m'ennuie. Les soirées croque devant un film à te caresser les cheveux me manquent, les journées dans le quartier Bouffay ou au parc me manquent aussi. Je n'ai pas osé y retourner tout seul, tu me suivrais partout, de toute façon. Un lit, même s'il n'est que d'une place et demi, sera toujours trop grand sans toi. Les couvertures resteront froides sans aucune possibilité de les réchauffer j'ai l'impression. Il me tarde d'être au jour où tu ne devras plus quitter la maison qu'on aura, où tout les soirs on se couchera ensemble, l'un contre l'autre sans pour autant tomber dans la routine. Il me tarde de ne plus devoir dépendre d'une bourse d'état et de ne plus être dans un 18m² mal isolé gentiment prêté par l'état. Je veux pouvoir vivre vraiment. C'est à peine si je vis, en ce moment, je survis tout juste, me forçant à ne pas tomber trop bas, à ne pas craquer. J'aurais voulu être plus fort et ne pas écrire ça, pouvoir te soutenir et que tu t'accroches à moi.. mais il fallait que ça sorte. Que ce barrage cède, que je puisse enfin me libérer du poids de ces mots, que je les vomisse, sans interruption, sans relecture.
