Lui, il l'avait bien compris, dès l'instant où ils s'étaient étreint sur le quai, il était parti, vite, sans se retourner, pour préserver le Mythe. Juste pour préserver le Mythe.
"ça va ?
- Oui, ça va".
674 voitures et 37 poids lourd sur un tronçon de 50Km d'autoroute, à peu près. Et il en avait sûrement louper quelques uns. C'était une façon comme une autre pour s'occuper l'esprit, ne plus penser. Pendant cette heure interminable, mais, le plus difficile ce fut l'arrivée. Il avait ouvert la porte, l'avait fermé à clef, machinalement, et s'était jeté sur le lit, presque en tendant les bras.
"Câlin" avait-il murmuré, avant de s'apercevoir qu'il était seul. Une moitié en moins. Le portable vibrait sans cesse, il écrivait, il aurait préféré parler, étreindre, ne pas avoir à fermer les yeux pour se rappeler de la sensation d'une de ses caresses dans ses cheveux, de la douceur de ses baisers, de son rire. La gorge noué, il avait resisté, encore, pour préserver le Mythe. Et puis, il avait continué de faire comme si Elle était là. Jouant à Crumble, lui écrivant, il avait aérer la chambre après avoir mis un peu d'encens, était parti manger, les avait regarder continuer de vivre tout en se disant que pour lui, c'était fini. Qu'il ne vivrait pas, qu'il ne vivrait plus jusqu'à ce qu'il soit entier.
La journée était passée, la nuit aussi, le lendemain il avait fait ce qu'il avait à faire et puis, il avait choisi le mauvais film. Le mauvais film parce qu'il ne lui avait pas assez occupé l'esprit, parce que les montées de larmes avaient été plus cruelles, plus fréquentes, plus fortes à chaque fois. Alors, dans un gémissement, il s'était laissé aller.
Le Mythe était brisé mais il s'en moquait. Rien ne pouvait exprimer le manque qu'il ressentait plus que ces larmes.

